La migraine : une maladie ...ou plusieurs ?
Date de publication : 05 août 2026Auteur(s) : Danelakis A
Analyse(s) : Geneviève Demarquay 0
Version pour les professionnels
Contexte
Le diagnostic de la migraine repose exclusivement sur les critères cliniques de l’ICHD. Les
patients sont principalement distingués selon la présence ou non d’une aura et selon la
fréquence des crises. Pourtant, l’évolution clinique, les comorbidités ou encore la réponse
aux traitements varient d’un patient à l’autre. La migraine correspond-elle réellement à une
seule maladie ou existe-t-il différents sous-types biologiques ?
Les auteurs ont utilisé des approches d’intelligence artificielle (IA) afin de déterminer si la
migraine pouvait être reconnue à partir de données cliniques générales et génétiques,
indépendamment des caractéristiques des céphalées, et rechercher d’éventuels sous-
groupes de patients.
Méthodes
Les auteurs ont analysé les données de la cohorte norvégienne HUNT (1995–2008). Ils ont
développé des modèles d’apprentissage automatique utilisant 67 variables cliniques non
liées aux céphalées (âge, sexe, sommeil, douleurs cervicales, troubles digestifs, humeur,
facteurs hormonaux, etc.) et 7 840 variants génétiques afin de distinguer les patients
migraineux des sujets sans céphalée. Ils ont ensuite réalisé une classification non supervisée
afin de rechercher spontanément d’éventuels sous-groupes parmi les patients migraineux.
Résultats
Les résultats montrent qu’il est possible d’identifier les patients migraineux avec une bonne
performance (AUC 0,79) à partir des seules données cliniques non céphalalgiques. Les
variables les plus informatives étaient : l’âge, le sexe et les facteurs hormonaux, les
cervicalgies, les nausées, la somnolence, la pression artérielle et l’état de santé perçu. L’ajout
des données génétiques n’améliorait que très légèrement les performances diagnostiques
(AUC 0,80).
Les seules caractéristiques des céphalées ne permettaient pas d’identifier des sous-groupes
distincts. En revanche, l’intégration des variables non céphalalgiques faisait émerger quatre
profils de migraine :
un groupe exclusivement masculin ;
un groupe caractérisé par des cervicalgies prédominantes ;
un groupe associant douleurs musculo-squelettiques, anxiété, dépression et
altération de l’état de santé perçu, compatible avec un profil de sensibilisation
centrale ;
un groupe de « migraine classique », avec douleur pulsatile et faible co-morbidité
anxio-dépressive.
En pratique
Cette étude suggère que la migraine ne se résume pas aux seules caractéristiques de la
céphalée. Les cervicalgies, les troubles digestifs, les troubles du sommeil, les facteurs
hormonaux ou encore les comorbidités anxio-dépressives semblent faire partie intégrante
du phénotype migraineux.
Ces résultats renforcent l’intérêt d’un interrogatoire global, dépassant la seule description
des céphalées, et ouvrent la voie à une meilleure caractérisation des différents profils de
migraine susceptibles, à terme, de bénéficier de stratégies thérapeutiques plus
personnalisées.
Ces conclusions restent cependant exploratoires. Les résultats devront être reproduits dans
d’autres populations avant toute application clinique.
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