Caféine et céphalées : amie ou ennemie ? version pour les professionnels
Date de publication : 17 septembre 2026Auteur(s) : Hussein M
Analyse(s) : Dre Séverine Debiais 0
Introduction
La caféine est l’une des substances psychoactives les plus consommées au monde. Elle possède des propriétés antalgiques, notamment par antagonisme des récepteurs de l’adénosine, et peut potentialiser l’effet de certains antalgiques. Son rôle dans les céphalées est toutefois complexe : selon la quantité consommée, la régularité des prises et le type de céphalée, elle peut contribuer au soulagement, mais aussi favoriser ou entretenir les symptômes.
Hussein et al. ont publié dans Brain and Behavior une revue narrative consacrée aux relations entre caféine et céphalées. Les auteurs ont analysé les données expérimentales, cliniques et épidémiologiques disponibles jusqu’en 2025, en s’intéressant notamment à la migraine, à la céphalée hypnique, à la céphalée post-ponction durale (CPPD), à la céphalée par abus médicamenteux (CAM), à l’hypotension intracrânienne spontanée et à la céphalée de sevrage à la caféine.
Une relation à double sens dans la migraine
Dans la migraine, la caféine semble avoir un effet à double tranchant. Une consommation aiguë, à faible ou à dose modérée, peut contribuer au soulagement de la crise, notamment par antagonisme des récepteurs de l’adénosine et par potentialisation de l’effet antalgique. À l’inverse, une consommation importante ou chronique, ainsi que les variations importantes de consommation et le sevrage, peuvent favoriser ou aggraver les crises.
Les principaux mécanismes susceptibles d’expliquer ces effets opposés sont résumés dans la Figure 1.

Figure 1. Effets bidirectionnels de la caféine sur la migraine. À faible ou à dose modérée, une prise aiguë de caféine peut contribuer au soulagement de la migraine, tandis qu’une consommation élevée ou chronique, ainsi que le sevrage, peuvent favoriser ou aggraver les crises. L’effet de la caféine dépend également de facteurs individuels, notamment génétiques, métaboliques et liés au mode de vie. Adaptée de Hussein M, et al. Brain Behav. 2026;16:e71527.
Plusieurs mécanismes sont proposés pour expliquer les effets potentiellement bénéfiques de la caféine : antagonisme de l’adénosine, inhibition de la synthèse des prostaglandines et des leucotriènes, mais aussi amélioration de l’absorption des antalgiques et augmentation de la motilité gastrique. À l’inverse, les troubles du sommeil, la déshydratation, une diminution des réserves en magnésium ou encore le sevrage de la caféine pourraient contribuer à l’apparition ou à l’aggravation des crises.
Il convient toutefois de rester prudent dans l’interprétation des données. La plupart des études portant sur la caféine et la migraine sont observationnelles. Elles permettent de mettre en évidence des associations, mais ne démontrent pas nécessairement une relation causale. La caféine peut ainsi être considérée comme un facteur potentiel de facilitation ou d’aggravation chez certains patients, plutôt que comme un déclencheur universellement démontré de la migraine.
La caféine : un antalgique pas comme les autres
Les effets antalgiques de la caféine reposent principalement sur l’antagonisme des récepteurs de l’adénosine. D’autres mécanismes sont également évoqués : inhibition de la synthèse des prostaglandines, modulation de la transmission GABAergique, facilitation cholinergique et potentialisation de l’effet de certains antalgiques, notamment les anti-inflammatoires non stéroïdiens, le paracétamol et les opioïdes.
Une méta-analyse de Derry et al., portant sur 19 études et 7 238 participants, a montré que l’ajout de 100 à 130 mg de caféine à un antalgique simple pouvait améliorer l’efficacité antalgique. Un bénéfice était notamment observé à partir de 100 mg de caféine ajoutée, sans augmentation significative des effets indésirables dans les études analysées.
La caféine dans les autres céphalées
La céphalée hypnique
La céphalée hypnique est une céphalée primaire rare, survenant principalement après 50 ans. Elle se manifeste par des crises nocturnes qui réveillent le patient, souvent à horaire relativement régulier.
La caféine occupe une place particulière dans sa prise en charge. Les données disponibles reposent principalement sur de petites séries de cas et sur des avis d’experts, mais la réponse à la caféine est considérée comme une caractéristique relativement typique de cette céphalée. La caféine peut être utilisée pour interrompre les crises et parfois en prévention, notamment lorsqu’elle est prise avant le coucher. Des antalgiques contenant de la caféine peuvent également être utilisés.
Le bénéfice observé ne semble pas uniquement lié à l’effet éveillant de la caféine. Une modulation de l’adénosine pourrait également intervenir, même si les mécanismes exacts restent imparfaitement compris.
La céphalée post-ponction durale
La caféine est parfois utilisée dans la CPPD, notamment pour un soulagement symptomatique ou en complement, avant la réalisation éventuelle d’un blood patch. Les résultats des études sont cependant hétérogènes. Son effet pourrait s’expliquer par l’antagonisme de l’adénosine, entraînant une vasoconstriction cérébrale et une diminution du débit sanguin et du volume sanguin cérébral. Un effet sur la production de liquide cérébrospinal a également été évoqué.
L’hypotension intracrânienne spontanée
Dans l’hypotension intracrânienne spontanée, la caféine peut apporter un soulagement symptomatique transitoire. Son utilisation repose toutefois largement sur une extrapolation des données de la CPPD. Elle ne traite pas la fuite de liquide cérébrospinal et ne doit donc pas retarder la mise en œuvre d’un traitement spécifique, tel qu’un patch sanguin épidural lorsque celui-ci est indiqué.
Caféine, abus médicamenteux et sevrage
Une consommation chronique de caféine, en particulier lorsqu’elle est associée à des antalgiques contenant de la caféine, pourrait participer à des mécanismes neuroadaptatifs impliqués dans la céphalée par abus médicamenteux. Plusieurs études populationnelles ont retrouvé une association entre consommation élevée de caféine et céphalées chroniques quotidiennes.
Cette association ne permet cependant pas d’affirmer une causalité. Une consommation importante peut favoriser la chronicisation, mais elle peut aussi être la conséquence d’une augmentation préalable de la fréquence des céphalées, les patients consommant davantage de caféine pour tenter de soulager leurs symptômes.
Le sevrage brutal peut lui-même provoquer une céphalée. Selon les critères rapportés dans la revue, celle-ci peut survenir dans les 24 heures suivant l’arrêt chez les consommateurs réguliers de plus de 200 mg de caféine par jour pendant plus de deux semaines. Une revue systématique estime la prévalence de la céphalée de sevrage entre 24 et 56 %.
Le mécanisme proposé repose notamment sur une vasodilatation cérébrale secondaire à la levée de l’antagonisme des récepteurs de l’adénosine. Une réduction progressive de la consommation est donc préférable à un arrêt brutal chez les consommateurs réguliers.
Une association avec l’hypertension intracrânienne idiopathique ?
Une étude transversale publiée en 2025 chez des patients présentant une hypertension intracrânienne idiopathique a retrouvé une association entre une consommation importante de caféine, définie par une consommation d’au moins 400 mg par jour, et un profil clinique plus défavorable.
Les patients concernés présentaient notamment une pression intracrânienne plus élevée, une charge céphalalgique plus importante, un œdème papillaire plus sévère, des doses plus élevées d’acétazolamide, une moins bonne qualité de vie ainsi qu’une fréquence accrue de troubles psychiatriques et du sommeil.
Ces résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence : il s’agit d’une seule étude observationnelle transversale, qui ne permet pas d’établir de relation causale.
Que dire à nos patients, en pratique ?
La consommation de caféine doit être évaluée individuellement, en tenant compte du type de céphalée, de la quantité consommée, de sa régularité et des habitudes du patient.
Dans la migraine, les auteurs rapportent la proposition de limiter la consommation à 200 mg de caféine par jour* afin de réduire le risque de chronicisation, tout en maintenant autant que possible une consommation régulière et en évitant les fluctuations importantes ou les prises excessives intermittentes.
L’éviction complète de la caféine n’est pas nécessairement indispensable chez tous les patients migraineux. En revanche, les antalgiques contenant de la caféine doivent être utilisés avec prudence et, selon les propositions rapportées dans la revue, ne devraient pas être pris plus de deux fois par semaine afin de limiter le risque de CAM. Chez les consommateurs réguliers, une diminution progressive est préférable à un arrêt brutal, afin de réduire le risque de céphalée de sevrage.
Bien sûr, ces propositions doivent être considérées comme des recommandations pratiques issues d’une revue narrative, et non comme des seuils universels établis par un essai clinique randomisé.
* Note de l’auteur : À titre indicatif, 200 mg de caféine correspondent approximativement à deux ou trois cafés filtres ou à deux ou trois expressos, selon leur volume et leur mode de préparation.
À retenir
- La caféine peut avoir des effets antalgiques, notamment par antagonisme de l’adénosine et potentialisation de certains antalgiques.
- Dans la migraine, son effet dépend de la dose, de la régularité des prises et des caractéristiques individuelles.
- Une consommation élevée, chronique ou irrégulière, ainsi qu’un sevrage brutal, peuvent favoriser ou aggraver les céphalées.
- La caféine possède une place particulière dans la céphalée hypnique et peut être utilisée comme traitement symptomatique dans la CPPD.
- Dans l’hypotension intracrânienne spontanée, son effet est essentiellement symptomatique et transitoire.
- Une association entre consommation élevée de caféine et profil plus sévère d’hypertension intracrânienne idiopathique a été rapportée, sans preuve de causalité.
- La prise en charge doit être individualisée, en privilégiant la régularité de consommation et la réduction progressive en cas de diminution nécessaire.
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